Exposition « Nous avons vu passer les ombres » – 2025

30 juin – 12 juillet 2025
 

« Nous avons vu passer les ombres », exposition avec Agnès Clouet


Salle Mazenod, 2bis rue d’Italie – Aix-en-Provence

 

Approchez-vous dans la pénombre.
Osez franchir ce long couloir étroit, suspendu entre deux mondes. Il débouche sur une salle silencieuse,
gardée par des piliers sombres — comme autant de veilleurs immobiles.


Encore quelques pas.
Percevez-vous ces présences, tapies à la lisière du visible et de l’invisible ?


Dans cet espace de passage, les figures surgissent comme des réminiscences.


Elles veillent. Elles murmurent.
Elles racontent l’errance humaine, les seuils franchis, les brèches habitées. Elles convoquent des récits
anciens, des mythes et légendes partagés.
Ce sont des corps de silence, des gestes suspendus entre matière et lumière, nés de l’argile, de l’acrylique
et de l’attente, du souffle tenu d’une voix oubliée.


Agnès Clouet peint ce qui échappe : non pas le récit, mais la rémanence.
Inspirée par Redon, Hugo ou Moreau, elle ne reproduit pas la scène sacrée — elle en prolonge l’écho.
Dans ses visages effacés, ses halos vacillants, quelque chose se dérobe et s’élève.
Une lumière s’y fraie un passage, délicate et obstinée : celle de l’innocence, du commencement, de
l’espérance.
Des motifs réapparaissent : ici des fragments architecturaux, là des teintes récurrentes comme un refrain
discret. Ses peintures évanescentes nous emportent dans un songe, une danse cosmique où le temps
bascule — non plus de façon linéaire mais circulaire, traversé par un mouvement infime et permanent.


À ses côtés, Marie-Jo Hostache sculpte la présence dans sa plus fine fragilité.
Ses figures de grès ou de bronze sont à la fois ancrées et prêtes à s’évanouir. Debout ou assises, elles
s’imposent dans le silence, tendues vers un invisible qu’elles interrogent.
Ses huit couples de Vigilants gardent la faille — ce seuil incertain où la matière hésite à se dissoudre,
vacille, se transforme.
Les Suppliantes, quant à elles, scrutent l’horizon : elles attendent un signe, l’éclat d’un monde encore
possible.


Dans leurs regards transparaît un mouvement intérieur, une oscillation constante entre chute et renaissance,
entre l’ancrage terrestre et l’aspiration vers l’ailleurs.
Au centre, Antigone trône en majesté.
Figure tutélaire, elle incarne la fidélité, la révolte, l’insoumission.
Altière, triomphante, affranchie, elle devient la passeuse — celle qui franchit les limites, et nous entraîne à
sa suite.

 

Des voix flottent entre les voûtes. Les entendez-vous ?
On croit discerner Eschyle, Rilke, Henry Bauchau.
Tout ici est onirique, poétique, fragmenté.
Une trame lyrique et intemporelle se tisse, reliant les oeuvres aux grandes questions humaines :
D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Que signifie espérer, veiller, croire encore ?

 

On avance comme dans un rêve suspendu.
Le temps devient cycle, un mouvement d’éternel retour vers ces âges qui nous traversent de la naissance
jusqu’à notre mort, de ces questionnements qui nous poussent à nous réinventer, à chuter, à se redéployer,
à cheminer.
Chaque oeuvre raconte la mémoire d’un monde passé, présent et futur.
Chacune rappelle que l’attente est déjà un mouvement, que le silence peut devenir invocation.

 

Entre la terre et l’oubli, il reste un seuil.
Et sur ce seuil, l’âme cherche encore à se dire.
Nous sommes là, dans cet entre-deux, à la frontière du visible et de l’invisible — là où l’ombre se nourrit de
la lumière, où la forme se fragmente et l’âme vacille.

Vous rappelez-vous de la clarté crue du dehors ?
Ici, l’ombre veille. Et nous enveloppe.

Agnès Clouet

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